lundi 23 avril 2018

Comment ne pas être antisioniste?



Mohammed Ibrahim Ayoub, 15 ans
assassiné par les soldats de l’occupation
à Gaza le 20 avril 2018.


Mais les soldats israéliens n'utilisent pas seulement les fines balles qui transpercent des enfants ou des journalistes. Je peux en témoigner. J'ai opéré à l'hôpital Shifa, le principal hôpital de la Bande de Gaza, du 8 au 15 avril. Les soldats israéliens utilisent aussi les « soft-nose bullets », ces balles à effet explosif qui font éclater les os, transforment en une bouillie sanglante l'intérieur des cranes, broient les corps en y laissant des cratères où l'on peut passer le poing. Et ils utilisent aussi les gaz. Des attaques chimiques comme celles, simultanée sur le nord et le sud de la Bande de Gaza qui ont laissé au sol des dizaines de blessés inconscients et agités de convulsions pendant de longues minutes. Des convulsions qui se reproduisent régulièrement chez les victimes hospitalisées dans les services de soins intensifs. Des gaz neurotoxiques. D'autres gaz, de couleur différente, produisent vomissements et diarrhées sanglantes.”

Professeur ChristopheOberlin, chirurgien et témoin


Christophe Oberlin

Devinette. Un pays d’exception.
Et un hommage à Mohammed Ibrahim Ayoub, 15 ans, assassiné par les soldats de l’occupation à Gaza le 20 avril 2018


Par Badia Benjelloun

C’est le seul pays qui n’a pas délimité ses frontières.
L’un des rares à définir la citoyenneté selon des critères religieux.
Le seul qui accueille des immigrants comme ses citoyens à part entière d’après leur appartenance religieuse, dûment vérifiée par leur généalogie.
Il est le premier bénéficiaire, en classement par tête d’habitant, des largesses, aides et subventions financières et militaires des Usa.
Il est celui qui a bafoué le plus de résolutions de l’ONU.
Il doit sa légitimité à l’existence d’une promesse faite à un banquier et signée par un Ministre d’un Etat colonial en guerre : céder un territoire qui appartenait à un peuple à un groupe humain non constitué politiquement avant même que l’Etat colonial en question n’en disposât comme butin de guerre.

Il est le seul pays en guerre avec ses voisins depuis sa création et qui s’agrandit à leur dépens au fur et à mesure de ses agressions militaires, toujours appuyées militairement et logistiquement par les puissances occidentales.

Il est le seul pays à occuper continûment des territoires en expulsant activement ses habitants par toutes sortes de techniques coercitives depuis plus de 70 ans. Il commet cette colonisation d’un nouveau type avec la complicité de la ‘communauté internationale’ réduite aux anciennes puissances impériales devenues vassales des Usa.

Il est le seul pays à pratiquer une politique d’apartheid, grâce à une législation clairement ségrégationniste et raciste vis-à-vis de la population indigène, tout en proclamant racistes les consciences qu’elle ne parvient pas à intimider qui percent les murailles de silence et le critiquent.

Il est le seul pays à disposer de réseaux médiatiques internationaux qui l’aident à qualifier ses multiples et incessantes agressions militaires comme des réactions de défense.

Il est le seul pays à procéder ouvertement à des assassinats ciblés d’opposants à sa politique d’agression et d’annexion.

Il est le seul pays qui fonde son identité sur une catastrophe historique survenue ailleurs que sur la terre qu’il a extorquée pour s’établir, commise par d’autres que ceux qu’il martyrise et spolie.

Il est désormais le seul pays (depuis peu) qui a réussi à obtenir d’une instance internationale, ici le parlement européen, qu’elle qualifie comme délit raciste une critique de sa politique criminelle et authentiquement raciste et suprématiste.

Il est aussi le seul pays à faire invoquer par ses supporters extérieurs des catégories comme la Haine en substitution à des concepts ou outils politiques.
Sans le moins du monde faire s’esclaffer la classe politique et celle des faiseurs d’opinion.

Pour ma part, j’attends ma condamnation par le parlement européen car je me déclare antisioniste, opposée à l’Etat criminel d’Israël, fondé sur une usurpation, une spoliation, des escroqueries et des crimes sans nombre et qui constitue une source d’instabilité majeure dans le monde, bien au-delà du Proche-Orient.

Voici ci-dessous mon humble contribution en témoignage de ma compassion pour les enfants de Palestine que cet Etat assassine sans émouvoir ceux que la ‘Haine’ révulse.

A
Mohammed Ibrahim Ayoub, 15 ans
assassiné par les soldats de l’occupation
à Gaza le 20 avril 2018.


Avec une fronde en mains fendre le mur
Et sentir couler l’air frais de l’aventure
Boire alors à l’eau du rêve qui torture
De noirs nuages gorgés de colère pure.
Le pollen meurtri au barbelé sature
L’invention des matins de ses brûlures
Le jardin en camisole pour vêture
N’ose plus confier au vent ses blessures
De crainte que l’oiseau sans aile immature
Pour l’envol soude l’orage à sa fêlure.
La saison sonne clair, s’écrit sans rature
Les enfants s’élancent, vives créatures
Pierres en poche, drapeaux en voilure
A l’assaut de l’odieuse fermeture.
Le goût suave des étendues futures
l’âpre présent teint de grenades trop mûres
les cris feutrés de la terre que ceinture
ses geôliers passagers sans envergure
les cent promesses aperçues de l’étroiture
étranglant la révolte compagne sûre,
en un mince filet fuient de l’ébréchure
qu’un claquement soudain fit à l’ossature
d’un enfant de quinze ans de frêle stature.
Couché dans l’herbe, sève offerte en pâture
A un Cyclope rongé de forfaiture.



Badia Benjelloun, le 21 avril 2018


Source : the International Solidarity Movement




Ahed Tamimi : une chanson est née (Extraits)


Par Uri Avnery


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L'histoire de Ahed Al-Tamimi a eu lieu en Cisjordanie. Mais elle a résonné jusque dans la bande de Gaza : Dès l'instant où j'ai vu la scène où Ahed Al-Tamimi boxait la face d'un capitaine de l'armée israélienne, j'ai compris que quelque chose d'important était arrivé.
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Un ami d'outre-mer m'a envoyé l'enregistrement d'une chanson. Une chanson arabe, avec une douce mélodie arabe, chantée par un chœur féminin arabe, accompagné à la flûte.
Ça donne ça :
Ahed,
tu es la promesse et tu es la gloire
debout comme l'olivier de notre terre
du berceau au sépulcre
ta dignité restera sans tache

Patrie, plantée en nous,
ancrage pour chaque vaisseau
nous sommes la terre et tu es la marée

blonde, à la riche crinière
pure, de la pureté du sanctuaire
‎tu enseignes aux générations
comment se rebelle le peuple oublié

Patrie, plantée en nous,
ancrage pour chaque vaisseau
nous sommes la terre et tu es la marée

tes yeux bleus sont le phare
d'une patrie qui étreint
toutes les civilisations dans son sein
tu as uni le proche et le lointain
incendié les cœurs d'une étincelle
ton front haut est un sommet
il aiguise en nous toutes les ardeurs
tu as illuminé les ténèbres
et de tes mains délicates
ébranlé le monde
par trop de bravoure
Tu as rendu la gifle au profanateur
Et le respect à la nation
…/...

Le public israélien s'est habitué à l'occupation. Il croit qu'il s'agit d'une situation normale, que l'occupation pourra durer toujours. Mais l'occupation n'est pas une situation normale, et un jour, elle arrivera à sa fin.
Dix mille britanniques ont gouverné des centaines de millions d'indiens, jusqu'à ce qu'un homme décharné appelé Gandhi soit allé récolter du sel sur la côte en s'opposant à la loi. La jeunesse indienne s'est levée et la domination britannique tomba comme une feuille d'un arbre en Automne.
La même stupidité s'empara de tous les agents de l'occupation qui ont eu affaire à Ahed Al-Tamimi. Les officiers de l'armée, les procureurs et les juges militaires.
Si nous étions des occupants avisés - un oxymore - nous aurions laissé Ahed retourner chez elle depuis longtemps. Mais nous continuons à la garder enfermée. Elle et sa mère.
Certes, il y a quelques jours, l'armée a réalisé sa propre idiotie. Avec l'aide de l'avocate (juive) dévouée de Ahed, Gabi Lasky, un « compromis » a été obtenu. Plusieurs charges ont été abandonnées et Ahed n'a été condamnée qu'à « seulement » huit mois de prison.
Elle sera libérée dans trois mois. Mais c'est trop tard : la photo de Ahed est déjà gravée dans l'esprit de chaque palestinien garçon ou fille. Ahed, la jeune fille couverte de cheveux blonds, ses yeux bleus scintillant comme un phare, Ahed la sainte. Ahed la libératrice.
La Jeanne D'Arc palestinienne, le symbole national.
L'histoire de Ahed Al-Tamimi a eu lieu en Cisjordanie. Mais elle a résonné jusque dans la bande de Gaza.
Le public israélien s'est habitué à l'occupation. Il croit qu'il s'agit d'une situation normale, que l'occupation pourra durer toujours. Mais l'occupation n'est pas une situation normale, et un jour, elle arrivera à sa fin.
Dix mille britanniques ont gouverné des centaines de millions d'indiens, jusqu'à ce qu'un homme décharné appelé Gandhi soit allé récolter du sel sur la côte en s'opposant à la loi. La jeunesse indienne s'est levée et la domination britannique tomba comme une feuille d'un arbre en Automne.
La même stupidité s'empara de tous les agents de l'occupation qui ont eu affaire à Ahed Al-Tamimi. Les officiers de l'armée, les procureurs et les juges militaires.
Si nous étions des occupants avisés - un oxymore - nous aurions laissé Ahed retourner chez elle depuis longtemps. Mais nous continuons à la garder enfermée. Elle et sa mère.
Certes, il y a quelques jours, l'armée a réalisé sa propre idiotie. Avec l'aide de l'avocate (juive) dévouée de Ahed, Gabi Lasky, un « compromis » a été obtenu. Plusieurs charges ont été abandonnées et Ahed n'a été condamnée qu'à « seulement » huit mois de prison.
Elle sera libérée dans trois mois. Mais c'est trop tard : la photo de Ahed est déjà gravée dans l'esprit de chaque palestinien garçon ou fille. Ahed, la jeune fille couverte de cheveux blonds, ses yeux bleus scintillant comme un phare, Ahed la sainte. Ahed la libératrice.
La Jeanne D'Arc palestinienne, le symbole national.
…/...

Uri Avnery est un écrivain israélien et militant pour la paix avec Gush Shalom. Il a contribué au livre de CounterPunch : The Politics of Anti-Semitism (La Politique de l’Antisémitisme)


Source française: Le Grand Soir






vendredi 20 avril 2018

L'anarchie au-delà des préjugés



Il devient de plus en plus évident que le temps des révolutions n’est pas terminé. De même, il devient de plus en plus clair que le mouvement révolutionnaire mondial du vingt et unième siècle trouvera moins ses origines dans la tradition marxiste, ou même dans le socialisme au sens strict, que dans l’anarchisme.
Partout, de l’Europe de l’Est à l’Argentine, de Seattle à Bombay, les idées et principes anarchistes sont en train de faire naitre de nouvelles visions et rêves radicaux. Souvent, leurs défenseurs ne se revendiquent pas « anarchistes ». Ils se présentent sous d’autres noms : autonome, anti-autoritarisme, horizontalité, Zapatisme, démocratie directe … Malgré tout on retrouve partout les mêmes principes de base : décentralisation, association volontaire, assistance mutuelle, modèle de réseau et plus que tout, le rejet de l’idée que la fin justifie les moyens, sans parler de celle selon laquelle la tache d’un révolutionnaire est de s’emparer du pouvoir d’état et donc de commencer à imposer sa vision au bout du fusil. Par dessus tout, l’anarchisme comme une éthique de pratiques – l’idée de construire une société nouvelle “à l’intérieur de l’ancienne” — est devenu l’inspiration de base du “mouvement des mouvements” (dont les auteurs font partie), dont le but a été dès le début moins de s’emparer du pouvoir d’état que dénoncer, délégitimer et démanteler les mécanismes de domination tout en gagnant des espaces d’autonomie toujours plus grands, avec à l’intérieur une gestion participative.







L'Anarchiste

Par Elisée Reclus, In "Almanach anarchiste" 1902

Par définition même, l’anarchiste est l’homme libre, celui qui n’a point de maître. Les idées qu’il professe sont bien siennes par le raisonnement. Sa volonté, née de la compréhension des choses, se concentre vers un but clairement défini ; ses actes sont la réalisation directe de son dessein personnel. A côté de tous ceux qui répètent dévotement les paroles d’autrui ou les redites traditionnelles, qui assouplissent leur être au caprice d’un individu puissant, ou, ce qui est plus grave encore, aux oscillations de la foule, lui seul est un homme, lui seul a conscience de sa valeur en face de toutes ces choses molles et sans consistance qui n’osent pas vivre de leur propre vie.

Mais cet anarchiste qui s’est débarrassé moralement de la domination d’autrui et qui ne s’accoutume jamais à aucune des oppressions matérielles que des usurpateurs font peser sur lui, cet humain n’est pas encore son maître aussi longtemps qu’il ne s’est pas émancipé de ses passions irraisonnées. Il lui faut se connaître, se dégager de son propre caprice, de ses impulsions violentes, de toutes ses survivances d’animal préhistorique, non pour tuer ses instincts, mais pour les accorder harmonieusement avec l’ensemble de sa conduite. Libéré des autres hommes, il doit l’être également de soi-même pour voir clairement où se trouve la vérité cherchée, et comment il se dirigera vers elle sans faire un mouvement qui ne l’en rapproche, sans dire une parole qui ne la proclame.

Si l’anarchiste arrive à se connaître, par cela même il connaîtra son milieu, hommes et choses. L’observation et l’expérience lui auront montré que par elles-mêmes toute sa ferme compréhension de la vie toute sa fière volonté resteront impuissantes s’il ne les associe pas à d’autres compréhensions, à d’autres volontés. Seul, il serait facilement écrasé, mais, devenu force, il se groupe avec d’autres forces constituant une société d’union parfaite, puisque tous sont liés par la communion d’idées, la sympathie et le bon vouloir. En ce nouveau corps social, tous les camarades sont autant d’égaux se donnant mutuellement le même respect et les mêmes témoignages de solidarité. Ils sont frères désormais si les mille révoltes des isolés se transforment en une revendication collective, qui tôt ou tard nous donnera la société nouvelle, l’Harmonie.


Source : Résistance 71

jeudi 19 avril 2018

Les écrans dangeureux


"Le cerveau fonctionne comme tout organisme vivant : plus son environnement nourricier porte de nutriments, meilleure est sa croissance. Or la nourriture numérique est pauvre et le développement cérébral va en pâtir ", estime par exemple Michel Desmurget, spécialiste en neurosciences cognitives, auteur d'un ouvrage critique sur le sujet (« TV Lobotomie ", Max Milo Editions, 2011).

© (PhotoPQR/Le Républicain Lorrain)
Les effets dévastateurs de la télévision sur l'architecture cérébrale ont déjà été mis en évidence, en 1997, par deux pédopsychiatres américains, Frederick Zimmerman et Dimitri Christakis, qui ont établi qu'une consommation excessive d'écrans altérait la formation des synapses et perturbait les apprentissages dans les 3.000 familles qu'ils avaient placées sous surveillance. Depuis, l'exposition aux radiations numériques s'est encore amplifiée. Une étude Nielsen chiffre à 11 heures par jour le temps passé par les Américains devant les médias électroniques : smartphones, ordinateurs, consoles de jeux, affichage interactifs et autres télés... « Les risques de troubles cognitifs sont réels : perturbation du sommeil, problèmes de concentration, perte de créativité... », énumère Michel Desmurget.
Certains travaux mettent aussi en évidence que les écrans peuvent saturer la mémoire dite "de travail", qui stocke les informations nécessaires aux activités en cours, et faire baisser nos performances intellectuelles en augmentant le temps de réalisation des différentes tâches. La génération « digital native », par essence zappeuse, aurait donc plus de difficultés à se concentrer, comme si tout la distrayait. « Les cerveaux de ces enfants sont en surchauffe face à la masse d'informations numériques à traiter. Ils peinent à faire le tri entre l'essentiel et le superflu, et bloquent difficilement les informations les moins utiles au développement de l'intelligence ", poursuit le chercheur.
« La manipulation des écrans mobilise surtout des automatismes. Elle sollicite les parties les plus développées et anciennes de notre cerveau - celles qui règlent les fonctions de l'action et de la perception - et nous demandent de penser moins ", résume le psychiatre Serge Tisseron, coauteur d'un avis de l'Académie des sciences intitulé « L'Enfant et les écrans " (Le Pommier, 2013).
Pire : certains travaux présument que l'utilisation des médias numériques déclenche la sécrétion de dopamine, l'hormone de la récompense qui rend si difficile d'arrêter de fumer, de boire ou de fréquenter les casinos. Une étude européenne a, également, mis en évidence un accroissement du volume du striatum, une partie centrale du cerveau liée au système de récompense. « Le risque de dépendance est d'autant plus grand qu'Internet et les autres médias n'ont pas besoin de créer de besoin pour susciter leur usage : ils s'appuient sur la satisfaction d'un intérêt archaïque de l'espèce humaine pour les relations sociales », indique l'avis des académiciens. Les Echos.fr

L’intoxic@tion numérique de vos enfants. 

par Valérie Chenard


Source image: http://www.surexpositionecrans.org/interventions-collectif-cose/

L’addiction des enfants aux écrans vient d’être dévoilée dans l’opinion publique timidement par les médias. Le succès (+ de 265 000 vues) d’une vidéo amateur du Dr Ducanda et du Dr Terrasse en PMI (protection Maternelle Infantile) dévoile « l’ épidémie silencieuse » de troubles importants et de nouvelles maladies sont diagnostiquées chez les jeunes enfants surexposés aux écrans : « retards de développement intellectuels et moteurs, troubles de l’attention, agitation, agressivité, syndromes d’allure autistique pouvant parfois être confondus avec d’authentiques cas d’autisme» ou  de troubles bipolaires. L’émission d’Elise Lucet (« Envoyé spécial » le 18 janvier 2018 France 2) s’en est fait le relai complété par une enquête menée aux USA.



C’est une urgence sanitaire dont les pouvoirs publics devraient s’être saisis, et ce, depuis longtemps mais même depuis cette émission, le gouvernement reste absolument silencieux et l’épidémie ne peut que continuer à se propager sans a minima une campagne officielle de protection de l’enfant et à destination en premier lieu des parents, professionnels et enseignants pour préserver les enfants de cette exposition toxique.

 Cela fait pourtant, des années que les scientifiques y compris français lancent l’alerte car il s’agit d’un phénomène impactant de façon inouïe la santé publique et plus dramatiquement les facultés psychiques (intelligence) et donc les capacités d’auto-détermination des générations futures.

Resté lettre morte, un appel de 64 chercheurs français (neuroscientifiques, psychologues,…) paru en 2013 dans le Monde dénonçait le scandaleux avis favorable et les méthodes utilisées par l’Académie des sciences concernant l’usage des tablettes par les enfants. Par un « heureux » hasard du calendrier, la ville de Paris passait, à cette même période, un contrat avec un grand industriel de la publicité pour des aires de jeu « intelligents » qui remplaceraient le bac à sable, la « table play ».
D’ailleurs, en France où l’on observe la pénétration croissante des écrans dans les foyers et en occident plus largement, le QI moyen est en chute libre depuis une quinzaine d’années. Entre le marché de l’ »intelligence » du mobilier urbain ou les facultés de nos enfants, quelle priorité ?
Les écrans dangereux : internet, jeu vidéo ou TV ?

L’émission de France 2 met en lumière la conception délibérément addictive des sites internet par l’effet de dispositifs tels les « likes » sur facebook ou « flammes » sur snapchat qui stimulent la dopamine dans le cerveau. Cette hormone de la récompense cérébrale à l’œuvre dans les addictions (drogues, jeux,…) est exploitée par les concepteurs de réseaux sociaux de la Silicon Valley dont la mission est de maximiser la consommation d’écran et de supprimer, du même coup, le désir et le temps disponible de cerveau pour toute autre activité. La dopamine engendre même l’atrophie de zones du cerveau et de modification de la circulation de fluides.  La question de liberté et d’asservissement librement consenti est donc ouvertement posée par l’enquête de France 2 en l’occurrence par les utilisateurs eux-mêmes (adolescents) tout comme par les faits scientifiques et des aveux de concepteurs de ces applications eux-mêmes.

Ciblant plutôt les sites de partage de vidéos et les réseaux sociaux dans ce reportage, les jeux vidéos et les écrans de TV paraissent donc être hors d’accusation pour l’opinion publique. Pourtant, l’étendue de la littérature scientifique internationale colossale sur les effets des écrans dans leur ensemble ne laisse aucun doute sur leur impact néfaste comme le montre l’ouvrage de Michel Desmurget (neuroscientifique à l’Inserm) « TV lobotomie, la vérité scientifique sur les effets de la télévision » (Ed.J’ai Lu). Ce neuroscientifique de l’INSERM y recense les études parues sur le sujet depuis plus de 30 ans dans les plus grandes revues scientifiques internationales : « Effort, intelligence, lecture, langage, attention, imagination, tous sont frappés (p. 133).

Exemple – l’apparition des écrans dans les foyers entrave à la réussite scolaire :
l’impact de la pénétration de la TV aux USA sur les résultats aux tests d’entrée à l’université (p122)

 Valérie.PNG

Le « syndrome du grand méchant monde»

Selon les travaux désormais classiques en sciences sociales depuis les travaux de Georges GERBNER, les images et messages qui forment notre environnement culturel sont de nos jours transmis par la télévision et les écrans plutôt que par la religion ou l’éducation. La violence qui y est exposée donne principalement une vision déformée et violente du monde et génère le « syndrome du grand méchant monde » où l’environnement est vécu comme dangereux et hostile.

De fait, les jeux vidéo violents, loin de créer une catharsis comme il est trompeusement avancé parfois, augmentent au contraire l’hostilité et les risques d’agressions physiques réelles.

Le principe marketing même de la nouvelle génération de jeux sur mobile, appelé « freemium », est de rendre l’accès au jeu gratuit ou somme modique mais de créer une addiction qui poussera le joueur accroché à dépenser des sommes parfois extravagantes et d’y dépenser tout son temps au détriment d’autres activités. Le marché des jeux sur smartphones est passé ainsi de 13,2 milliards de dollars en 2013 à 22 milliards en 2015. Ce marché est 2 fois plus important que celui des consoles (chiffres 2014). Le quotidien des médecins essaie d’alerter également sans grands échos dans les médias, « Non, les écrans ne sont pas des jouets comme les autres ! ».

Existe-il un lien avec les troubles de l’attention (TDAH) ?
Quelquefois, on peut entendre : « Moi, mon enfant n’a pas de problème d’attention ; il peut rester des heures devant la télé, calme et sans bouger ». « La télé, çà le calme ». En réalité, cette passivité devant un écran n’est pas rassurante car  il y a 2 types d’attention.

L’attention captée qui est une attention réflexe utilisée par la télévision, surtout pour les enfants. Ce sont des images rapides, qui changent sans arrêt afin de capter l’attention au maximum (toujours plus de couleurs, de mouvement, de sons, de rythme, d’émotions fortes,…) pour activer la dopamine et l’envie de rester et d’y revenir (pulsion scopique).

L’attention dirigée, c’est l’attention soutenue qui sert à résoudre des casse-têtes, des problèmes mathématiques, écouter un enseignant, lire et autres activités scolaires. C’est une attention qui sélectionne les données les plus pertinentes, et qui nécessite un apprentissage en faisant des activités comme le sport, les jeux ou encore les devoirs. La télévision et vidéos altèrent cette attention dirigée. Il faut savoir que les bases de cette attention s’acquièrent dès le plus jeune âge. Elle développe le cortex et les savoirs et est l’agent de la sérotonine qui inhibe le circuit dopaminergique afin de ne pas entrer dans l’addiction et donc d’être victime de symptômes du « manque » (agressivité, agitation motrice, impulsivité, retrait social). Symptômes de « manque » pouvant facilement faire penser au syndrome des troubles de l’attention TDAH (cf schéma ci-dessous).

TDAH.PNG

Ainsi, mettre son enfant derrière des vidéos ou la télé dans le but de le calmer permet bien de capter son attention mais l’empêche de développer son attention dirigée, la seule susceptible d’acquérir le contrôle de soi. De plus, cela ne fait que renforcer son agitation et hostilité une fois « déconnecté » ainsi que les risques d’addiction aux écrans. Sans connaitre ces différents types d’attention, les parents ne font que renforcer le trouble de déficit d’l’attention de leur enfant. Et bien que moins passifs que la TV, l’usage d’internet et jeux vidéos exerce une activation dopaminergique addictive scientifiquement programmée et agissent donc comme nous l’avons vu plus haut comme une « héroïne électronique ».

Télévision, réseaux sociaux, sucre,… cette quête du plaisir individuel, fondée sur la dopamine, est l’ennemie du bonheur, qui dépend, lui, de la sérotonine

Stimuler le circuit de la dopamine excite les neurones qui, trop stimulés, meurent (phénomène d’accoutumance ou tolérance). Cela explique la nécessité des doses de plus en plus fortes pour atteindre le même effet jusqu’à créer une dépendance et un syndrome de manque une fois revenu à la vie quotidienne (hyperactivité, agressivité, dépression,..). Au contraire, le bonheur est lié à la sérotonine qui est un inhibiteur des neurones et les protègent donc. « Plus vous recherchez du plaisir et plus vous serez malheureux » Robert Lustig, pédiatre et neuroendocrinologue américain in The Hacking of the American Mind (Penguin, 2017, non traduit).

Ainsi, le bonheur et la joie de vivre française ont disparu, les français se noyant dans le pessimisme, râleurs et insatisfaits, ressassant « c’était mieux avant ! »,… on est en droit de se demander, connaissant maintenant la distinction entre plaisirs et bonheur et la subversion culturelle des médias (voir supra « Le syndrome du grand méchant monde»), si ce n’est pas tout simplement parce que nous sentons précisément que le bonheur nous échappe. Culpabilisés de ce mécontentement individuel et collectif, on nous renvoie les plaisirs nombreux que le « progrès » et la « modernité » nous procurent à nous, privilégiés. C’est vrai ! Les français ont viscéralement du mal « à penser printemps » comme leur intime leur Président french happy manager. Cette profonde discordance croissante avec le peuple français est l’aboutissement, d’une longue histoire notamment celle, passionnante et non moins méconnue histoire des écrans que nous aborderons  dans le prochain article.

Il est possible d’ajouter simplement que « La démocratie consiste à soumettre le pouvoir politique à un contrôle. C’est là sa caractéristique essentielle. Il ne devrait exister dans une démocratie aucun pouvoir politique incontrôlé. Or la télévision est devenue aujourd’hui un pouvoir colossal ; on peut même dire qu’elle est potentiellement le plus important de tous, comme sil elle avait remplacé la voix de Dieu. » Karl Popper et John Condry « La télévision, un danger pour la démocratie » Anatolia éditions. 1995.

L’école numérique, un investissement nécessaire ?

Collés à leurs écrans, les français ont la vue qui baisse, c’est même une épidémie mondiale des pays occidentalisés.

Pourtant, un milliard de budget (2016/2018) est consacré par la France pour la transformation numérique de l’éducation nationale et renforcer l’addiction des enfants aux écrans et ce, dès la maternelle pour « moderniser » l’école. Pourtant, bien loin d’être efficace contre la baisse du QI et les résultats médiocres des petits français dans le classement PISA (26° place pour la 5° économie mondiale en 2016),  l’introduction de matériel numérique à l’école se montre  dans les différents pays du monde, au mieux insignifiant sur les résultats scolaires, et même significativement nuisible comme en Espagne ou en Pologne. Ces derniers ont ainsi vu le niveau de leurs élèves baisser après avoir introduit des outils numériques dans les classes selon l’étude européenne PISA « Connectés pour apprendre? » (2015).

En tous cas, cet énorme investissement de nos contributions fiscales dope inévitablement les marchés du soin pour traiter les symptômes des nuisances (lunettes, psychothérapies, médicaments psychoactifs,…) mais , en premier lieu, les puissants  marchés des équipements numériques y compris en imprimantes, smartphones et tablettes ainsi que la consommation même d’internet à défaut de permettre à nos enfants d’acquérir les savoirs nécessaires lui permettant de s’auto déterminer collectivement en tant que citoyen. L’impact des écrans tend même à réduire cette capacité donc la démocratie sous l’emprise des trafiquants de dopamine comme nous l’avons vu précédemment, ainsi que tout esprit critique des générations futures.


Le bonheur ou la démesure ?

L’intoxication des cerveaux par les écrans est bien visible et prouvée scientifiquement depuis des décennies mais l’opinion publique est tenue dans l’ignorance par ceux-là même qui survivent et prospèrent aujourd’hui grâce au « temps de cerveau disponible » (citation de Patrick Lelay, ex PDG de TF1 en 2004) pour la télévision et jeux vidéos qu’ils vendent aux annonceurs. Elle est aujourd’hui tangible et palpable sur le fonctionnement même des cerveaux des enfants et tout un chacun, impactant progressivement les capacités d’auto détermination (intelligence et liberté) des générations actuelles et futures.

Loin de vouloir éradiquer l’épidémie silencieuse (baisse du QI, addictions, dépressions,…), les Etats s’effacent devant la puissance économique des médias et de la silicon Valley. Le diktat mondialiste et européiste de la sacro-sainte « liberté » des marchés et principes de dérégulations (capitalisme néo-américain) touche également depuis les années 80 en France, le marché des médias et des communications pour préparer le traité de Maastricht. Cependant, collégialement, nous les français avions refusé ces par référendum de 2005 les traités européens actuels (TUE et TFUE) qui scellent ce choix politique de dérégulation de tous les marchés.

Cette alliance politico-médiatique néolibérale européiste a persisté pourtant, comme le montre le documentaire enquête « 2005 : quand les français ont dit NON à l’Europe » diffusé le 2 mars 2017 par France 3. Elle a permis la trahison de nos principes démocratiques par la nouvelle présidence Sarkozy qui ratifie le 13 décembre 2007 sans grand bruit dans les médias et donc à l’insu du peuple, le même le traité gravant dans le marbre constitutionnel national (réforme constitutionnelle du 5 février 2008) la libre concurrence soit l’interdiction de réguler des marchés. Ainsi, l’Etat est lui-même devenu de façon légale mais illégitime au regard du peuple, le principal promoteur de l’emprise de la Silicon Valley (marché unique numérique de l’Union européenne) par l’école et aussi nos services publics faisant même entrer chacun d’entre nous dans le big data mondial comme je l’ai exposé dans mon précédent article. De ce fait, nos impôts et dettes sont utilisés à notre propre asservissement digital grâce au déni de notre démocratie et avec pour conséquence la destruction sournoise de nos pouvoirs d’auto-détermination collectifs nationaux des futures générations.

La recherche du toujours plus et de la surconsommation crée une dépendance dopaminergique au toujours plus et toujours mieux et nous rend dépendants de ce système économique néolibéral mais aussi médiatique et numérique comme nous l’avons vu.  Les enfants sont particulièrement sensibles et marqués définitivement dans leur développement psychique par cette « culture » mortifère diffusée par les médias.

Tels des toxicomanes face à des trafiquants d’émotions fortes, ce monde numérique nous éloigne de fait, de la santé et plus généralement du bonheur qui n’est évidemment en rien l’accumulation effrénée de plaisirs individuels sans limite (exploitation des pulsions) mais bien un état de sérénité et d’harmonie avec le monde et les générations futures- les recherches en neurosciences sur le bonheur (Robert Lustig – voir supra) confirment cette évidence à la base de l’éducation nécessaire aux enfants.

Les addictions des enfants aux écrans sont ainsi le signe de l’absence d’autorité parentale organisée par l’omerta médiatique et politique sur leurs nuisances. C’est aussi celui de la décadence de notre culture et de la  civilisation par la disparition progressive de l’Etat dans sa mission première de nous permettre de préserver collectivement l’avenir et le bonheur des générations futures. Les manipulations psychiques sciemment et scientifiquement élaborées avec les dernières technologies de pointe par l’oligarchie et les géants du net étasuniens n’ont rien de primaires mais sont bien pensées et organisées par la science de l’information (cybernétique) pour contrôler et maîtriser les comportements ; nous en rendre « accros » et supprimer toute possibilité d’autodétermination. C’est bien cela qu’on appelle un régime totalitaire. Celui-ci est moderne par l’utilisation d’arme de subversion et la guerre psychologique en ce XXI° siècle.

Reste à chaque parent et adulte, fort de ces informations trop peu divulguées par les médias (on le comprend !) de savoir que faire pour préserver les enfants de ces nuisances médiatiques : rendre accessible et initier l’enfant au numérique inéluctable dès le plus jeune âge comme le préconise l’Etat, l’école et la Silicon Valley ? ou trouver le moyen de retrouver son autorité de parent et de citoyen pour restaurer notre culture et stopper ainsi l’intoxication numérique et médiatique induite par cette idéologie perverse qui prétend nous rendre heureux en violant sciemment les règles d’équilibre et de conservation de notre société et de notre intégrité psychique et sociale ?


Valérie Chénard : psychologue et spécialisée en Psychologie sociale et du travail et conférencière.  A travaillé de nombreuses années pour l’Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes (AFPA) . Elle est spécialisée dans les causes des « risques » dits psychosociaux et sur les facteurs de bien-être social et individuel sous-jacents.

Quelques sources indispensables par ordre d’apparition des liens hypertextes dans le texte :
1) Vidéo / les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans – Docteur Ducanda et Dr Terrasse PMI – 01/03/2017 https://www.youtube.com/watch?v=9-eIdSE57Jw
2) « Accros aux écrans » dans « envoyé spécial du 18/01/2018 – enquête d’Adèle Flaux et Paul Moreia https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/envoye-special-du-jeudi-18-janvier-2018_2557009.html
3) Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable – article du Monde du 8/02/2013  http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/08/laisser-les-enfants-devant-les-ecrans-est-prejudiciable_1829208_3232.html
4) Signataires des « Ecrans : l’incroyable avis de l’académie des sciences » http://www.lip.univ-savoie.fr/uploads/PDF/1481.pdf
5) JCDecaux lance Play : une table tactile destinée aux parcs et jardins de la Ville de Paris -2 février 2013  https://www.ilovetablette.com/jcdecaux-lance-play-une-table-tactile-destinee-aux-parcs-et-jardins-de-la-ville-de-paris-53014/
6) L’inquiétant recul du quotient intellectuel Yann Verdo 27/01/2017 https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211738901390-linquietant-recul-du-quotient-intellectuel-2060740.php
7) Circuit de la récompense et addictions
https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/cerveau-circuit-recompense-16606/
8) Que font les écrans à la confiance ?  27 mars 2013 – L. Bègue, professeur de psychologie sociale  http://www.liberation.fr/evenements-libe/2013/03/27/que-font-les-ecrans-a-la-confiance_891675
9) Tribune du 11/01/2018 dans le quotidien du médecin
  https://www.lequotidiendumedecin.fr/opinions/tribune/2018/01/11/non-les-ecrans-ne-sont-pas-des-jouets-comme-les-autres-_854002
10) Robert Lustig, pédiatre et neuroendocrinologue américain in The Hacking of the American Mind (Penguin, 2017, non traduit) et interview https://www.ndf.fr/nos-breves/12-02-2018/plaisirs-%E2%89%A0-bonheur-la-theorie-scientifique-sur-le-bonheur-de-robert-lustig/
11) « Collés à leurs écrans, les français ont la vue qui baisse » Pascal Santi – Le Monde du 17/06/2012 http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/06/07/colles-a-leurs-ecrans-les-francais-ont-la-vue-qui-baisse_1714616_3238.html
12) « Le temps de cerveau disponible »  – France télévision de C. Nick et JR Viallet (2010)
13) « Nos enfants fichés dès la maternelle » – Valérie Chénard https://lilianeheldkhawam.com/2018/02/09/vos-enfants-sont-fiches-des-la-maternelle-valerie-chenard/
14) « 2005 : Quand les Français ont dit NON à l’Europe » – documentaire de 58mn diffusé par France 3 le 2 mars 2017 https://www.youtube.com/watch?v=FX4aLWxXlpc


mercredi 18 avril 2018

Fidel et Raúl Castro


1er janvier 1959 : Fidel Castro s'empare du pouvoir à Cuba

Dans l'euphorie de la décolonisation, l'année 1959 s'ouvre sur la fuite d'un dictateur corrompu et méprisé, Fulgencio Batista et le triomphe d'un jeune guérillero romantique, rieur et barbu. Cela se passe à Cuba, la « perle des Antilles », une île tropicale évocatrice de tous les plaisirs de la terre.
La prise de pouvoir de Fidel Castro, au terme d'une campagne-éclair de deux ans, offre l'espoir d'un nouveau départ de l'Amérique latine, un espoir bien vite trahi.
Fils d'un riche planteur cubain d'origine espagnole, Fidel Castro fait des études de droit et se marie avec la fille d'un avocat proche de Fulgencio Batista, l'homme fort du pays.
Le jeune Fidel Castro se lance avec fougue dans l'action politique, mû par la haine de l'impérialisme américain. Avec une centaine de partisans, il attaque le 26 juillet 1953 la caserne de Moncada, à Santiago-de-Cuba. C'est un fiasco sanglant. Il est condamné à 15 ans de prison mais libéré dès 1954 à la faveur d'une amnistie.
Il se réfugie avec son frère Raul au Mexique où il fonde le « Mouvement du 26 juillet » et rencontre Ernesto Guevara, un jeune médecin argentin surnommé le Che (l'Homme). Comme Raul, ce dernier se déclare marxiste-léniniste et confesse sa proximité avec l'Union soviétique mais il n'arrive pas à faire partager ses opinions par Fidel.
Dès le 2 décembre 1956, Fidel Castro revient clandestinement à Cuba à bord d'un petit bateau de fortune, le Granma, avec 81 compagnons au total. Une semaine plus tard, traqués par l'armée cubaine, ils ne sont plus que douze. Comme les apôtres ! Ils prennent le maquis et sont rejoints par de jeunes dissidents. C'est alors le début d'une longue marche triomphale.
Les « barbudos » sont plusieurs milliers pour le coup de grâce final, la fuite de Batista, le 1er janvier 1959.





Le 18 avril, un nouveau président sera élu à Cuba. La génération historique fera alors place à une nouvelle jeune garde. Devons-nous nous précipiter à Cuba avant que tout ne change ? Aperçu et coup d’œil rétrospectif sur, tantôt soixante ans de révolution, par le spécialiste des affaires cubaines, Marc Vandepitte.



Fidel et Raúl Castro

Un palmarès impressionnant 

Il y a presque soixante ans de cela, Fidel et Raúl Castro écrivaient l’histoire en défaisant avec quelques centaines de rebelles, l’armée du dictateur Batista, à l’époque la mieux équipée de toute l’Amérique Latine. Chassant alors les Yankees de leur île, ils réussissaient à bâtir, à leurs portes, une société socialiste. Contre toute attente, ils allaient tenir bon contre les agressions tant militaires qu’économiques et diplomatiques de la première superpuissance au monde. La révolution cubaine fit table rase de la théorie pessimiste qui voulait qu’une réorientation progressive aurait été impossible dans « l’arrière-cour » de l’oncle Sam.

Les Cubains ont résisté au plus long embargo économique de l’histoire de l’humanité. En trente ans, ils ont perdu jusqu’à deux fois leurs plus importants partenaires commerciaux. Pour la plupart des systèmes économiques, le coup eut été fatal mais, même cette épreuve-là, ils devaient y survivre sans explosions sociales. En 1961, ils infligeaient encore à l’impérialisme US, une mortifiante défaite dans la baie des Cochons. La Maison-Blanche n’a jamais été humiliée à ce point par un pays d’Amérique Latine. Un quart de siècle plus tard, les soldats Cubains, appelés à l’aide par l’Angola, portaient, à des milliers de kilomètres de leurs frontières, le coup de grâce à l’armée de l’Apartheid, pourtant bien mieux équipée. Voilà comment une petite île insignifiante participa à la libération de Mandela et à l’histoire de l’Afrique.

Du fait de son passé colonial, de l’embargo économique, du manque de richesses naturelles importante et de la chute de l’Union-Soviétique, le pays est resté, au plan économique, un pays du tiers-monde. En dépit de cela, ils ont réussi à atteindre un niveau social, intellectuel et culturel qui fait partie des meilleurs au monde. Cuba, à elle seule, envoie dans au niveau mondial, plus de médecins que l’Organisation Mondiale de la Santé. Cuba est également le seul pays au monde qui arrive à combiner un développement social important avec un impact écologique faible.

Avec le Venezuela, Cuba a été le moteur de l’intégration des pays d’Amérique Latine (Alba, Celac, Unasur)i, aux dépens de l’emprise de Washington sur la région.

De par les réalisations sociales pour le pays ainsi que pour le rôle joué à l’étranger, les responsables cubains jouissent d’un prestige particulier dans les pays du Sud. Par deux fois, de 1979 à 1983 et de 2006 à 2009, la petite Cuba pu assumer la présidence des Pays Non Alignés (PNA), un mouvement qui regroupe deux tiers de tous les pays.

En 2014, Raúl Castro présidait le deuxième sommet du CELAC. Pour cette réunion, 30 des 33 chefs d’états des pays d’Amérique Latine se sont déplacés à la Havane.

Un indissociable duo

L’histoire nous apprend que dans la première phase d’un processus révolutionnaire, des figures fortes et charismatiques jouent un rôle important. Ce fut certainement le cas de Fidel, figure imposante dotée d’une personnalité particulièrement forte et d’un pouvoir de conviction magnétique. C’était un visionnaire doué d’éloquence, et qui possédait la capacité de prévenir les désaccords. Il avait le don d’enthousiasmer les populations dans les circonstances difficiles en plus d’être un excellent « manager » par temps de crise.ii

Fidel était incontestablement le numéro 1. En tant que moteur du processus révolutionnaire, il était en permanence sous le feu des projecteurs. C’est donc lui également qui fut la cible de centaines de tentatives d’assassinat. Des dizaines de biographies ont été écrites à propos de El Comandante en Jefe. Il tint des centaines de discours et accorda régulièrement des interviews. Le contraste avec Raúl est grand. Jusqu’au moment de la grave maladie de Fidel en 2006, Raúl n’était que rarement à l’avant de la scène, un exercice qu’il n’affectionne d’ailleurs pas. C’est la raison pour laquelle son rôle dans la révolution cubaine est souvent sous-estimé.

Les deux frères étaient les deux parties d’un indissociable duo. Ils se complétaient parfaitement et se renforçaient mutuellement. Fidel était le visionnaire et celui qui posait les jalons importants tandis que Raúl représente la partie plus pratique du duo, avec beaucoup de bon sens et de talent d’organisateur. Fidel l’architecte, Raúl l’entrepreneur, voilà qui résumerait bien la situation.

Le facteur Raúl 

Les talents d’organisateur et les qualités de leader de Raúl apparaissent au moment de la lutte de guérilla. Au début de 1958 à peine âgé de 26 ans, Raúl est nommé commandant du deuxième Front. Il additionne les succès militaires et contrôle assez rapidement un territoire un peu plus petit que la Flandre. Il monte toute une administration parallèle incluant des écoles et de petits centres hospitaliers. Il organise les paysans, tient un Congreso Campesino (congrès des agriculteurs) et mène une réforme agricole dans tout le territoire libéré. Des routes sont aménagées ainsi que des liaisons téléphoniques et jusqu’à une mini force aérienne avec au total 13 petits avions.

En octobre 1959, Raúl est à la tête des forces armées cubaines et il y restera jusqu’au moment de son élection en tant que Président en 2006, ce qui fait de lui le Ministre de la Défense le plus longtemps en fonction. Son rôle en tant que commandant des forces armées ou comme en tant que dirigeant du gouvernement sera, à divers moments, crucial pour la survie de la révolution.

Commandant des forces armées

La survie de la révolution naissante dépendra de la capacité de résister à une intervention militaire des USA. Durant les premiers mois, la nouvelle armée cubaine ne ressemble à rien. Une grande partie du matériel est inutilisable ou insuffisante et une grande partie des officiers a quitté le pays pour les USA. Le temps presse.

En mars 1960, un attentat sur un bateau chargé de munitions dans le port de la Havane fait plus de cent morts. Deux mois plus tard, les multinationales américaines refusent de poursuivre le raffinage du pétrole. Il devient clair qu’une intervention militaire au départ des USA n’est plus qu’une question de mois.

En juin 1960, Raúl se déplace à Prague et à Moscou pour obtenir suffisamment d’équipement militaire et de munitions, dans le but de pouvoir contrer une telle invasion. Des dizaines de pilotes suivent un entraînement accéléré et secret en Tchécoslovaquie. À Cuba, des programmes d’entraînement intensifs sont organisés, 25.000 soldats et des centaines de milliers de civils reçoivent une formation élémentaire au combat. Des agents secrets cubains sont infiltrés dans l’armée de mercenaires préparée aux USA. Divers groupes contre-révolutionnaires qui projettent secrètement de soutenir l’invasion sont démasqués à Cuba-même et arrêtés. Toutes ces dispositions font que l’invasion qui débute le 17 avril 1961 est écrasée en moins de 72 heures. C’est une défaite historique pour les USA, dans leur propre arrière-cour.

La menace n’est toutefois pas écartée. Cuba ne fait pas partie du Pacte de Varsovie, ce qui signifie qu’après la crise des missiles de 1962iii , le pays ne devra compter que sur ses propres forces en cas d’éventuelle intervention dans le futur. En quelques années, Raúl met sur pieds une toute nouvelle armée avec des troupes bien entraînées et du matériel de haute technologie. Au début des années septante, la force aérienne, les troupes de blindés et les unités de défense aérienne font partie des meilleures en Amérique Latine. Tandis que les armées soviétiques s’enlisent en Afghanistan, l’armée cubaine engrange quelques stupéfiantes victoires dans des contrées éloignées comme, par exemple, contre les armées de l’Apartheid pourtant bien plus fortes.

En plus des troupes de l’armée régulière, se développe une véritable armée populaire. Endéans les 24 heures, deux millions de Cubains peuvent ainsi être mobilisés. Les troupes d’invasion pourraient, exactement comme au Vietnam, se voir prise dans un nid de guêpes, emmenées dans des pièges, puits, mines, tunnels etc. Pour « conquérir » l’île, le Pentagone devrait envoyer des millions de soldats avec, évidemment, et payer le prix fort en termes de pertes. Ceci rend la petite île, de facto pour ainsi dire invincible. En ce sens, Cuba comme le Vietnam sont, pour les générations actuelles et futures, un exemple de réussite contre la politique agressive des USA.

Après la chute de l’Union-soviétique en 1991 et le durcissement de l’embargo, l’économie de Cuba s’effondre totalement. Les conditions de vie se dégradent fortement et la famine guette. La plupart des observateurs prédisent la fin rapide de la révolution. Ils se trompent. Pour sortir de la crise, ce sont des mesures radicales qui doivent être prises et c’est l’armée qui jouera ici le rôle de locomotive. Les troupes-même sont réduites et fondamentalement réformées. Les militaires seront les premiers qui expérimenteront les nouvelles techniques de management ainsi que des stratégies de production plus souples et plus efficientes. L’armée devient, non seulement auto-suffisante, elle va, dans le futur exercer de plus en plus d’activités économiques, entre autres dans le tourisme et l’agriculture. Les surplus de la production alimentaire sont proposés sur les marchés agricoles dans le but de faire baisser les prix.

En 1996 déjà, un tiers de ce que produit l’armée pourra être livré à l’économie civile. Cette approche sert de modèle pour le reste de l’économie et sera décisive pour arriver à survivre sans trop de dommages à cette période dite « Période Spéciale ».

Homme d’État

Dans ces circonstances difficiles, l’appareil d’état comme le parti communiste nécessitent un sérieux remodelage. Raúl s’attaque à cette tâche. Avec les cadres supérieurs du pays, il organise, en 1994, une série de conférences qui ont pour but de discuter de la crise et de chercher de nouvelles issues. Il exige que les leaders du gouvernement comme ceux du parti, renforcent leurs liens avec la population afin de donner la priorité à la recherche de solutions concernant les besoins vitaux des citoyens ordinaires. Un nombre conséquent de cadres dirigeants sont congédiés et remplacés, essentiellement par des personnes plus jeunes.

À l’été de cette année, la crise atteint un sommet. Les conditions de vie deviennent précaires et le salaire mensuel sur le marché noir, atteint à peine les 1,5 dollar. Principalement à La Havane, la situation devient critique. Raúl est nommé à la tête d’une commission qui doit s’attaquer aux problèmes les plus aigus que connaît la capitale. La commission opère une amélioration dans l’approvisionnement en nourriture ainsi que dans les services à la population de sorte que les tensions diminuent et que l’on n’en arrive pas à des situations de bagarres autour de la nourriture et de pillage généralisé.

La crise économique laisse des séquelles profondes. Le pouvoir d’achat a sérieusement diminué et un fossé s’est creusé entre deux groupes de Cubains ; ceux qui doivent nouer les deux bouts avec un salaire en pesos et ceux qui ont de la famille à l’étranger ou qui travaillent dans un secteur ou l’on est payé en CUC, une monnaie dont la valeur est bien plus élevée que celle du pesoiv . Depuis tantôt vingt ans rien n’avait pratiquement été investi dans l’économie. Ces problèmes et challenges doivent être abordés sous l’angle du structurel, autrement dit, le modèle économique mérite un lifting.

Depuis 2003, à ce niveau également, on peut percevoir de prudents remaniements. Mais en août 2006, Fidel tombe gravement malade. Raúl devient Président suppléant jusqu’en février 2008. À ce moment, Fidel se retire et Raúl est élu comme Président. Il reprend le fil des réformes économiques et passe à la vitesse supérieure. Dans le giron du Comité Central, il crée une commission économique. Celle-ci a pour tâche de préparer une réactualisation de l’économie tout en s’attaquant aux carences du système. Tout au long de deux années, la population va être consultée de manière à faire émerger des lignes directrices (Lineamientos) qui seront par la suite, discutées et amendées durant le sixième congrès du parti qui aura lien en avril 2011. Raúl tient à ce que la réactualisation de l’économie ait lieu avant qu’il ne transmette le flambeau à la jeune génération.

Le congrès lance toute une batterie de mesures. Les plus évidentes concertent la suppression d’un demi million d’emplois dans le secteur public et le fort développement d’un système de travail à titre privé. Les mesures ne produisent pas l’effet d’un grand saut en avant mais les résultats sont loin d’être mauvais, certainement sur fond d’embargo.

Depuis 2006, Cuba a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 3,6 %,en comparaison des 2,7% du reste de l’Amérique Latine.

Nonobstant ceci, le pays reste confronté à des défis économiques sérieux comme le manque de devises étrangères, un outil de production et une infrastructure dépassés, une trop faible productivité, d’importantes importations en matière de denrées alimentaires, la persistance d’une double monnaie…

Indépendamment de l’économie, le fonctionnement du parti également, exige une nécessaire révision du système. En 2012, le parti communiste tenait une première Conférence Nationale. Raúl est perspicace en ce qui concerne ses compagnons de parti et il y critique les méthodes de travail dépassées, le formalisme, le jargon archaïque du parti et la multiplication des réunions de parti qui ne sont plus en phase avec la réalité des problèmes du quotidien. Il met en garde contre une corruption largement répandue qu’il considère comme l’un des ennemis les plus importants de la révolution, plus dangereux même que la possibilité d’ingérences étrangères.

Raúl travaille très intensément à la recherche de rapprochement d’avec son ennemi juré, les USA. Ce rapprochement se fera fin 2014, avec l’établissement de relations diplomatiques ainsi qu’un échange de prisonniers. Le dégel des relations entre les deux pays conduit à la visite historique de Obama à Cuba.

Le défi

Lors de sa réélection à la présidence, en 2013, Raúl avait annoncé qu’il ne presterait que deux mandats et qu’il transmettrait le flambeau dès 2018. Ce moment est arrivé.

Le contexte dans lequel cette relève des générations a lieu n’est pas des plus favorables. Avec Trump à la Maison Blanche, les relations sont tendues. Il ne reste plus rien des prudentes avancées enregistrées sous Obama. En Amérique Latine, la vague gauchiste est sur le retour. De plus, le soutien économique du Venezuala a sensiblement diminué, du fait de la chute des prix du pétrole comme à cause de la crise interne que connaît le pays. À tout ceci, il convient d’ajouter le facteur climatologique. Les périodes de sécheresse et les ouragans se font de plus en plus fréquents.

Mais il existe aussi des développements positifs. Avec la Russie, la Chine et l’Union Européenne, les relations sont meilleures que jamais.

Le pays se trouve face à de grands défis. L’importance des développements sociaux et économiques ont généré de grandes attentes dans la population mais les véritables bases font encore défaut et cela crée de la frustration. Ceci est encore accentué par le tourisme. Un touriste semble, en effet, tout pouvoir s’offrir, même si il n’est pas nécessairement plus ou mieux formé. Et ceci est en étroite relation avec un autre phénomène : après l’effondrement monétaire en 1991, un salaire ne représente plus grand chose. Par conséquent, le lien entre le travail, le salaire et le pouvoir d’achat se délite. Une telle situation est évidemment très préjudiciable à la motivation au travail comme à la productivité. Cela génère également de la corruption et du mécontentement, la seule réponse à ces deux défis étant une accélération dans le processus de croissance de l’économie, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Le contexte extérieur est, ici également, déterminant. Trump cherchera-t-il l’affrontement ou se contentera-t-il de tweeter ? Comment la situation au Venezuela et en Amérique Latine évoluera-t-elle ? Comment vont évoluer les relations économiques avec la Chine, la Russie et l’Europe ? De tout ceci dépendra également le succès du vaste nouveau port près de La Havane.

Sue le plan politique, c’est le rajeunissement de la direction du parti qui représentait le plus grand défi. Ce rajeunissement ne s’est pas fait si facilement et s’est même fait attendre. Toutefois, ces dernières années, on assiste à une vraie relève de la génération historique. Au parlement, la moyenne d’âge est de 48 ans et, au Conseil d’Étatv , ils sont plus de 60% à être nés après la révolution.

Cuba une dernière fois ?

Il est plus que probable que Miguel Díaz-Canel, un ingénieur en électronique de 58 ans, devienne le nouveau président. Il fut un temps professeur à l’université de Santa Clara, sa carrière politique commençant il y a plus de trente ans dans les jeunesses communistes (UJC). Élu en 1991 au Comité Central du parti, il deviendra, en 1994, président du parti pour la province de Villa Clara et en 2003 pour la province de Holguín.

Cette année-là il est encore repris au bureau politique du PCC comme ( ??) plus jeune membre jamais. En 2009, Díaz-Canel est nommé ministre de l’enseignement supérieur. En 2012, devient vice-président du Conseil des ministres et en 2013, premier vice-président du Conseil d’État, en clair, le deuxième homme du gouvernement.

Faut-il s’attendre, sous Díaz-Canel, à de fondamentaux changements de direction ? Autrement dit faut il visiter Cuba une dernière fois avant que tout ne change ? Évidemment, nous n’avons pas de boule de cristal mais la possibilité que ceci ait lieu est vraiment faible. Le passé nous apprend que la société cubaine est caractérisée par une stabilité et une continuité surprenantes, même dans des conditions particulièrement difficiles comme dans les années nonante.

Les raisons à cela sont multiples. Avant tout, le pouvoir politique s’est montré, tout au long des derniers soixante ans, extrêmement fidèle à ses fondamentaux. Le socialisme était et reste toujours une valeur importante. Si des réformes sont nécessaires —et il est évident qu’elles le sont toujours— elles seront mises en œuvre avec prudence et sans précipitation superflue. Au-delà de cela, la prise de décision est collective et la direction prise ne dépend pas du tempérament ou des préférences politiques du numéro un. C’était déjà le cas du temps de Fidel et de Raúl et il n’en ira pas autrement aujourd’hui. Enfin, tous les changements importants sont largement présentés à la population. En l’absence d’un support suffisamment important, pas de changement.

Voilà qui contribue à prévenir tout changement de direction inattendu ou imprévisible.

Pas nécessaire donc de vous hâter vers Cuba avant que tout ne change, ce qui ne change rien au fait qu’il s’agit là d’une merveilleuse destination de vacances.

Notes 

i ALBA est l’Alliance bolivarien pour l’Amérique Latine. Ce lien de collaboration a été fondé en 2004 afin d’offrir une alternative à l’ALCA, l’accord de libre échange commercial que les USA voulaient imposer à l’Amérique Latine. Cuba et le Venezuela en furent les premiers membres, suivis de la Bolivie, du Nicaragua, de la République Dominicaine de l’Équateur et de quelques autres pays.
En décembre 2011 est créée, à l’iniative de Hugo Chavez, le CELAC, une communauté des états d’Amérique Latine et des Caraïbes. Pour la première fois dans l’histoire est fondé un organe régional de toute la région d’Amérique Latine (y compris les Caraïbes), sans les USA et le Canada.
En 2007, sur le modèle de l’Union Européenne est constituée l’Unasur : Union des Nations d’Amérique du Sud. Indépendamment d’un parlement, est également fondée une banque, la Banco del Sur, qui doit représenter l’alternative au FMI.

iii Au début de 1962, la tension est palpable. En janvier, Cuba sous l’impulsion de Washington éjectée de l’Organisation des États américains. Le 3 février, Washington annonce un embargo total. Ces faits sont interprétés comme préparatoires à une attaque en règles. Fidel Castro cherche appui auprès de l’Union Soviétique pour repousser une invasion militaire et œuvre dans la direction d’un pacte militaire. Kroestjev choisit au contraire, d’installer des missiles nucléaires. Le gouvernement cubain accepte à contre-cœur, mais les USA l’apprennent. En octobre 62, le monde frôle le conflit nucléaire mondial. Finalement, Moscou retirera les missiles – sans concertation avec Cuba – et la crise sera écartée.

iv À cause de la crise économique des années nonante, la valeur de la monnaie locale s’était effondrée. Pour protéger le marché intérieur, retirer du tourisme un rendement maximal et retrouver un impact sur le flux des devises (venant de l’envoi de devises par les membres de la famille exilés à l’étranger), on introduisit, en plus du peso, une nouvelle monnaie, le CUC. Cette dernière a, à peu près la valeur du dollar. Au départ, elle était destinée essentiellement au circuit touristique. Dans l’après-coup, également de nombreux produits de luxe et autre furent vendu en CUC. Ce double système monétaire est l’expression du fossé qui émergea entre les Cubains qui disposaient de devises parce qu’ils avaient de la famille à l’étranger ou parce qu’ils travaillaient dans le secteur du tourisme, et les Cubains qui devaient arriver à nouer les deux bouts uniquement avec un salaire en pesos (estimés à quelque 30 à 40% de la population). Les autorités cubaines veulent sortir de cette situation le plus rapidement possible mais cela semble plus vite dit que fait.

v Le Conseil d’État est l’organe exécutif le plus puissant de Cuba. On peut le considérer comme étant LE gouvernement. Ses membres sont élus par le parlement national. À la tête du Conseil d’État se trouve le Président.



Traduit du néerlandais par Anne Meert pour le Journal Notre Amérique

Source : Journal Notre Amérique n°35, avril 2018 - https://www.investigaction.net/fr